Bénin – Crise fonctionnelle, accusations diverses, bataille judiciaire et communication désastreuse : chronologie d’une implosion annoncée chez les Démocrates

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Les scenari possibles à la loupe !

Le Parti Les Démocrates (LD), principale formation politique de l’opposition au pouvoir de Patrice Talon au Lire + Bénin, traverse la plus grave crise interne de son histoire. En moins de quinze jours, un conflit autour du parrainage du député Michel Sodjinou a dégénéré en bataille juridico-politique révélant les fissures béantes d’un parti incapable de gérer ses ambitions internes. À six mois de la présidentielle d’avril 2026, cette autodestruction pourrait priver l’opposition béninoise de son candidat le plus crédible face à la mouvance présidentielle. Chronologie d’une implosion annoncée !

2 septembre 2025 : Le piège du parrainage collectif

Le 2 septembre 2025, les 28 députés du Parti Les Démocrates convoyé par un bus à la CENA, ont retiré collectivement leurs formulaires de parrainage pour les remettre à Boni Yayi, ancien Président de la République et actuel chef du parti. Cette démarche, présentée comme une manifestation d’unité, s’est révélée être le premier acte d’une tragédie politique.

Le député Michel Sodjinou avait déjà exprimé à cette étape, ses appréhensions quant à la procédure de désignation du candidat. C’est son collègue et ami Éric Houndété, premier vice-président du parti qui le premier, l’a révélé au public dans une lettre ouverte ! « Tu avais pris la décision de ne pas remettre le tien, ou de ne le remettre que lorsque tu aurais été d’accord sur le candidat choisi. C’est moi qui t’avais supplié de le remettre et de faire confiance aux instances de notre parti ».

Cette confidence révèle que les tensions existaient dès le début du processus, mais qu’elles ont été étouffées au nom d’une unité de façade.

9-13 octobre : Les tractations tortueuses

Le 9 octobre 2025, les membres du Haut Conseil sont convoqués pour un Conseil national programmé pour le 12 octobre afin de désigner le duo candidat. Le nom de Renaud Agbodjo a fuité prématurément, conduisant le parti à reporter le Conseil national au 13 octobre.

Parmi les 34 prétendants figurait Éric Houndété, ancien président et actuel premier vice-président du parti. Son profil était considéré comme l’un des favoris aux côtés de Nourénou Atchadé, Nourou Dine Saka Saley Daniel Edah et autres.

Dans la nuit du 13 au 14 octobre 2025, après des heures de tractations débutées vers 2 heures du matin et achevées peu avant 6 heures, le duo Renaud Agbodjo-Jude Bonaventure Lodjou a été officialisé.

13 octobre : Le coup de théâtre judiciaire

Le 13 octobre 2025, sur requête de Michel Sodjinou, le Tribunal de Première Instance de Lire + Cotonou a rendu une ordonnance enjoignant à Boni Yayi et au Parti Les Démocrates de restituer au député Sodjinou, sa fiche de parrainage. En cas de résistance, la CENA était invitée à invalider l’ancienne fiche et délivrer une nouvelle au député.

Cette décision de justice a créé un séisme politique : privé du parrainage de Sodjinou, le duo Agbodjo-Lodjou ne dispose plus que de 27 parrainages sur les 28 requis.

14 octobre : Le dépôt d’un dossier incomplet

Le 14 octobre, dernier jour du dépôt des candidatures, Les Démocrates ont déposé leur dossier à la CENA tardivement dans la nuit. Le président de la CENA, Sacca Lafia, a fait savoir que les pièces manquantes ont été signifiées sur la lettre jointe au récépissé provisoire.

Interrogé sur la présence des 28 parrainages, Renaud Agbodjo n’a pas été clair : ” Est-ce qu’on peut participer à une élection sans remplir les conditions ? “

Pour rappel, Michel Sodjinou a retiré une nouvelle fiche de parrainage le 14 octobre 2025, confirmé par une décharge signée par le député lui-même, mais a refusé de la remettre au parti.

Éric Houndété appelle à l’unité malgré les frustrations

Dans une lettre ouverte conciliante  et rendue publique le 15 octobre, Éric Houndété admet les frustrations de son collègue et ami, tout en l’appelant à “transcender les divergences” pour l’intérêt du pays.

Houndété reconnaît ouvertement : La désignation du duo Agbodjo–Lodjou, jugée par certains cadres comme ‘le résultat de manœuvres d’exclusion’, a fini par convaincre Michel Sodjinou de reprendre son indépendance “.

Et même s’il comprend les griefs de Sodjinou, Houndété le prie de remettre son parrainage pour ne pas hypothéquer les chances du parti. Cette position révèle la complexité de sa situation : potentiel bénéficiaire de la rébellion de Sodjinou, il doit néanmoins appeler à l’unité pour préserver le parti. Le constat est là : le retrait du parrainage prive le ticket Renaud Agbodjo–Jude Bonaventure Lodjou du nombre de signatures nécessaires à la validation de sa candidature.

Sodjinou dénonce un “leadership d’un autre âge”

Éric Houndété, figure montante et ancien président du parti, apparaît comme la victime collatérale de cette crise. Son éviction du ticket présidentiel a déclenché la fronde de Sodjinou.
L’opinion publique a entendu médias et personnalités déclarer qu’a contrario, d’autres députés ont menacé de retirer leur parrainage si Éric Houndété était choisi.

Michel Sodjinou laisse entendre qu’Éric Houndété aurait le meilleur profil pour représenter Les Démocrates. Il évoque comment ” tous les acquis pendant que le Président Éric Houndété occupait le poste de président du parti ” ont été remis en cause après que cette position lui ait été “arrachée”.

Dans une déclaration publique, Michel Sodjinou a dénoncé un “leadership d’un autre âge”, fustigeant les dérives internes et rejetant le processus de désignation du duo présidentiel. Sur la liste de ses griefs multiples et accablants, il y a :

Sur le processus de parrainage : ” Sous prétexte d’unité, on a exigé des députés qu’ils signent à blanc leurs fiches de parrainage, sans même connaître le nom du candidat qu’ils parrainaient “.

Sur la commission de désignation : ” On a organisé des commissions de désignation où les équilibres étaient déjà fixés à l’avance, où les représentants de certains départements ont été remplacés, simplement parce qu’ils ne faisaient pas partie de la bonne région ou du bon clan “.

Sur le choix de Renaud Agbodjo : ” Alors même que la commission n’a pas terminé ses travaux, tout le monde sait que le choix de M. Renaud Agbodjo est déjà acté — un jeune avocat estimable, mais dont personne ne connaît les réalisations politiques “.

Sur le leadership de Boni Yayi : “Boni Yayi, notre Président, ne peut pas continuer à décider seul du destin de notre parti”.

Sodjinou évoque aussi des critères “régionalistes et familiaux” dans le choix de Renaud Agbodjo. Bien que certains commentateurs notent qu’Agbodjo n’est pas de Tchaourou mais plutôt de Savè et n’aurait aucun lien de parenté avec Yayi Boni, l’accusation a trouvé un écho dans un parti où les équilibres géo-ethniques comptent.

Je ne reconnais pas le processus actuel de désignation du duo présidentiel, tel qu’il a été conduit. Je ne peux pas me rendre complice d’une mise en scène qui trahit nos principes fondateurs ” a fait savoir Sodjinou.

Il rappelle aussi que : Boni Yayi n’est pas à son coup d’essai : ” En 2021, contre toute logique démocratique, notre parti a fini par choisir de porter la candidature de Mme Reckya Madougou — une personnalité certes compétente, mais totalement étrangère à la vie du parti “.

La contre-offensive des Démocrates

Face à la fronde de Sodjinou, le parti a organisé une conférence de presse pour “passer au vitriol” le député dissident. Les Démocrates ont tenté de déposer à la CENA ce qu’ils présentaient comme le parrainage manquant. Cependant, ” Sans mon avis, sans mon consentement, on a rempli la fiche “, a déclaré Sodjinou, estimant que cette démarche aurait été orchestrée dans le but de légitimer après coup, la désignation de Me Agbodjo. L’élu qui déclare  être en droit de déposer plainte pour “faux et usage de faux”, ajoute ne pas en être encore à l’étape des poursuites pénales contre les dirigeants du parti.

Face au refus de la CENA d’accepter la fiche contestée, Me Renaud Agbodjo a accusé l’institution électorale de complicité. Il a également affirmé craindre pour la vie de Sodjinou, que le parti n’arrivait plus à joindre. Par ailleurs, le candidat désigné avait affirmé que l’huissier Maxime René Assogba, mandaté par Michel Sodjinou, était aussi au service de la CENA, insinuant une collusion entre l’organe électoral et le député dissident.

La riposte de la CENA et de Sodjinou

Le 20 octobre 2025, la CENA a publié un communiqué dénonçant une “campagne de désinformation visant à entacher sa crédibilité et son impartialité”. L’organe électoral a démenti que l’huissier Assogba soit à son service, précisant que ” le seul huissier mandaté dans le cadre de ses activités électorales était Maître Alain Akpo “.

À l’occasion, la CENA a certifié que Michel Sodjinou avait retiré une nouvelle fiche de parrainage le 14 octobre 2025, “c onfirmé par une décharge signée par le député lui-même”.

Dans une vidéo rendue publique le 19 octobre 2025, Sodjinou a réaffirmé sa position sur le parrainage refusé au duo de sa formation politique.

Il a balayé les accusations de complicité avec Patrice Talon. Il rejette les rumeurs l’accusant de collusion avec le président Patrice Talon, jugeant ces insinuations ‘absurdes. Il dit avoir agi par conviction et non par calcul politique.

Les Démocrates ont saisi la Cour Constitutionnelle, espérant un renversement de la décision judiciaire. Mais cette juridiction suprême devra trancher des questions complexes touchant à la souveraineté parlementaire, à la liberté d’association politique et aux règles électorales.

Les perspectives

Vers l’élimination de l’Opposition? Le parti disposait de 72 heures jusqu’au vendredi 17 octobre pour combler le déficit de parrainage. Ce délai étant expiré sans solution, la candidature Agbodjo-Lodjou semble compromise. Plusieurs scenari restent possibles

Scénario 1 Validation malgré tout : Si la Cour Constitutionnelle annule l’ordonnance du tribunal et valide le parrainage contesté, Les Démocrates participeraient à la présidentielle. Mais cette solution juridique n’effacerait pas les fractures politiques internes. Boni Yayi acceptera-t-il de positionner Michel Sodjinou sur la liste LD pour les prochaines élections législatives ? Comment réagit désormais Éric Houndété face à ses collègues qui ont affirmé retirer leur parrainage s’il était désigné ?

Scénario 2 Invalidation de la candidature : Si la CENA maintient son refus et que la Cour Constitutionnelle confirme, Les Démocrates seraient exclus de la présidentielle 2026. Ce serait un coup fatal pour le principal parti d’opposition.

Scénario 3 Nouvelle candidature in extremis: Théoriquement, un changement de duo avec Houndété pourrait ramener Sodjinou et d’autres députés. Mais le délai de dépôt étant clos, cette option semble fermée. De plus d’autres détenteurs de parrainages ont menacé de ne pas en attribuer à Houndété s’il venait à être désigné.

Une communication catastrophique 

Cette plausible implosion des LD est accentuée par une communication catastrophique, mal orchestrée dans la forme comme dans le fond, où le premier venu est contredit par le dernier venu. Des annonces faites par le Porte-parole du parti qu’il tente de supprimer quelques minutes plus tard parce que contredites par des faits et actes posés par les siens.  

Une situation pareille  constitue une aubaine inespérée pour le duo Romuald Wadagni-Mariam Chabi Talata. Face à une opposition fragmentée et potentiellement absente, la voie vers la victoire s’élargit considérablement.

On retiendra que la tragédie des Démocrates illustre comment l’orgueil d’un leader, l’opacité des processus internes et le mépris des aspirations démocratiques peuvent détruire un parti politique pourtant solidement implanté.

« Si la candidature du duo Renaud Agbodjo et Jules Lodjou ne passe pas le filtre de la CENA pour défaut d’un seul parrainage, Boni Yayi et les siens devraient se poser les bonnes questions. Peut-être auraient-ils pu mieux faire ! » a laissé entendre un analyste.

Au-delà du cas particulier des Démocrates, cette crise interroge la maturité démocratique béninoise : comment construire une opposition crédible et unie face à un pouvoir organisé ? Comment concilier discipline partisane et liberté individuelle des élus ? Comment éviter que les ambitions personnelles ne sabotent l’intérêt collectif ?

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Francis Z. OKOYA

 

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