C’est un séisme dans les rangs militaires tchadiens. Le général de corps d’armée Mahamat Abali Salah, ancien ministre de la Défense et proche collaborateur du défunt président Idriss Déby Itno, vient d’être sévèrement sanctionné. Par décret présidentiel n°2216/PR/PM/MAACVG/2025 en date du 16 septembre, l’officier supérieur est cassé de son grade et rétrogradé au rang de simple soldat de 2e classe avant d’être radié définitivement des effectifs des Forces de défense et de sécurité.
La mesure, exceptionnelle par sa rigueur, s’accompagne d’un retrait total de ses droits acquis. « L’intéressé n’aura droit ni à la pension, ni à la solde de réforme, ni à une quelconque indemnité compensatrice », stipule le texte officiel.
Une sanction sur fond de tensions dans le Tibesti
Cette décision intervient dans un climat déjà tendu au nord du pays, notamment dans la province du Tibesti, d’où est originaire le général Abali Salah. Ces dernières semaines, des déclarations lui étant attribuées ont circulé sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias. Elles porteraient sur la situation sécuritaire à Miski, une localité stratégique et régulièrement secouée par des violences et accusations d’exactions contre des civils.
Face à l’ampleur des rumeurs, cinq membres du gouvernement ont tenu, le 14 septembre, une conférence de presse pour démentir catégoriquement les « allégations » faisant état d’attaques contre les populations locales. C’est dans ce contexte de crispations régionales et de vives polémiques que le décret présidentiel est tombé, ajoutant une dimension politique et symbolique à la sanction.
Le parcours d’un officier de premier plan
Mahamat Abali Salah n’est pas un inconnu sur la scène nationale. Officier supérieur respecté, il a occupé le prestigieux poste de ministre de la Défense sous Idriss Déby Itno. Son expérience et son influence en ont fait une figure incontournable du dispositif sécuritaire tchadien pendant plusieurs années.
Mais après la mort brutale de l’ancien chef de l’État en avril 2021, le général s’était exilé à l’étranger, rejoignant ainsi la liste des personnalités militaires et politiques fragilisées par la recomposition du pouvoir. Son retour sur le devant de la scène, à travers les controverses actuelles, semble avoir précipité sa chute.
Un signal fort du pouvoir central
La radiation de Mahamat Abali Salah traduit la volonté des autorités tchadiennes de marquer leur fermeté face à tout discours jugé déstabilisateur dans un contexte de fragilité sécuritaire. Elle envoie également un signal aux autres figures militaires issues du cercle de l’ancien régime : toute remise en cause publique de l’autorité centrale sera sanctionnée sans concession.
Cependant, cette décision pourrait aussi accentuer les frustrations au sein des communautés du nord, déjà sensibles aux tensions autour de la gestion sécuritaire et des ressources minières de la région.
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Francis Z. OKOYA