L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, est au cœur d’un procès retentissant. Jugé par contumace à Kinshasa, l’ex-chef de l’État (2001-2019) est accusé d’avoir collaboré avec le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, dans la déstabilisation de l’est du pays. Vendredi 22 août, le ministère public a requis à son encontre la peine capitale, estimant que les violences perpétrées par cette rébellion ont provoqué des « préjudices immenses » et engagent sa « responsabilité pénale et individuelle ».
Le procès s’est ouvert le 25 juillet devant la Haute Cour militaire, plus haute juridiction de la RDC. Depuis l’étranger, où il réside depuis plus de deux ans, Joseph Kabila suit à distance une procédure que ses partisans qualifient de purement politique. L’ancien président était pourtant apparu brièvement en mai à Goma, ville stratégique de l’est tombée sous la domination du M23, dont les offensives depuis 2021 ont fait des milliers de morts et entraîné le déplacement de millions de civils.
Lors de son réquisitoire, le général Lucien René Likulia, représentant du ministère public, a demandé la condamnation de l’ancien dirigeant pour « crimes de guerre », « trahison » et « organisation d’un mouvement insurrectionnel », assortie de 20 ans de prison pour « apologie de crimes de guerre » et de 15 ans pour « complot ».
Bien qu’un moratoire sur la peine capitale ait été instauré en 2003 puis levé en 2024, aucune exécution n’a encore eu lieu en RDC. Cette réquisition, toutefois, marque un tournant dans la justice militaire congolaise.
Des accusations lourdes et un contexte explosif
Selon l’accusation, Joseph Kabila serait l’un des fondateurs de l’Alliance fleuve Congo (AFC), branche politique du M23. Dans ce cadre, il est tenu pour responsable d’exactions commises par la coalition AFC/M23 dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, notamment des meurtres et des violences sexuelles. Le ministère public l’accuse également d’avoir agi « en intelligence avec le Rwanda » dans le but de renverser son successeur, Félix Tshisekedi, par un coup d’État militaire.
Le nom de Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), est également cité dans ce dossier. Ce dernier aurait rejoint le M23 en 2023 après avoir, selon les juges, œuvré aux côtés de Kabila pour préparer une insurrection armée.
Des soutiens qui crient au procès politique
Âgé de 53 ans, réputé secret et réservé, Joseph Kabila conserve une forte influence dans le pays malgré son départ fin 2023. Réapparu publiquement en 2024, il avait ouvertement critiqué la Lire + gouvernance de Félix Tshisekedi et annoncé son intention de revenir en RDC par la partie orientale, largement occupée par le M23 et soutenue par Kigali.
Pour ses proches, le dossier est une machination destinée à neutraliser un opposant encombrant. « C’est un procès politique. Le régime cherche à masquer ses échecs diplomatiques et militaires », a réagi Ferdinand Kambere, secrétaire général adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation politique fondée par Kabila. Il dénonce une absence de conditions garantissant un procès équitable.
Les provinces orientales se constituent parties civiles
Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, ravagées par trois décennies de conflits et régulièrement ciblées par le M23, se sont constituées parties civiles dans ce procès. Elles réclament à l’ancien président plusieurs millions de dollars de réparations pour les crimes et destructions subis.
Alors que l’est de la RDC reste plongé dans une crise sécuritaire chronique, ce procès inédit illustre la profondeur des fractures politiques et militaires du pays. Son issue pourrait redéfinir, à la fois, l’héritage de Joseph Kabila et la lutte du gouvernement Tshisekedi contre les groupes armés.
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Francis Z. OKOYA