Dans un message écrit empreint de solennité et rendu public dans la journée du vendredi 17 avril 2026, l’ancien président de la République, Thomas Boni Yayi, a félicité Romuald Wadagni pour son élection à la magistrature suprême. Mais derrière les formules protocolaires, la lettre de Boni Yayi dresse surtout la liste des attentes fortes qu’il nourrit pour le nouveau chef de l’État.
Et que l’on n s’y méprenne point. Il s’agit des revendications qu’a toujours brandies le parti d’Opposition Les Démocrates que l’ancien Chef d’État Béninois a présidé jusqu’à il y a quelques semaines : cohésion nationale, restauration de la confiance, libération des détenus politiques et retour des exilés.
Adressée à « Son Excellence Monsieur Kossi Mbueke Romuald WADAGNI, Président élu de la République du Lire + Bénin », la correspondance s’ouvre sur des « félicitations paternelles et républicaines ». Boni Yayi, qui a dirigé le pays durant deux mandats de cinq ans avant Patrice Talon, souligne d’emblée le poids du contexte : un pays traversé par « de fortes attentes » et un président élu désormais tenu de « rassembler toutes les forces vives de la Nation ».
Un appel à restaurer cohésion, unité et confiance
Le cœur du message tient en quelques verbes : rassembler, restaurer, rebâtir. Pour l’ancien chef de l’État, le premier chantier du nouveau président doit être la cohésion nationale. Il souhaite que le mandat de Romuald Wadagni s’attache à « restaurer durablement la cohésion et l’unité nationales » et à « rebâtir les fondements démocratiques de notre République ».
Boni Yayi insiste sur les valeurs qui, selon lui, doivent guider la nouvelle gouvernance : « équité », « justice », « respect des droits de l’homme » et des « libertés fondamentales ». Autant de principes qu’il présente comme les bases d’une confiance retrouvée entre les citoyens et leurs dirigeants.
Le Lire + Bénin, rappelle-t-il, demeure « attaché à ses valeurs démocratiques » et aspire désormais à « un nouvel élan fondé sur l’inclusion, l’apaisement et la crédibilité de l’action publique ». Il invite ainsi le président élu à faire de ce triptyque un marqueur de son quinquennat.
Parmi les priorités qu’il met en avant, l’ancien président fait du dialogue politique un axe central. Il évoque le « renforcement du dialogue national » comme une « condition essentielle du vivre-ensemble et de la paix » et estime qu’il devra « constituer un pilier central » de l’action du nouveau chef de l’État.
Réconciliation nationale : exilés et détenus politiques au cœur des doléances
Le passage le plus sensible de la lettre concerne la question des exilés et des prisonniers politiques présumés. Dans « un esprit d’apaisement », Boni Yayi dit « former le vœu » que des « mesures appropriées » soient envisagées pour favoriser « le retour de tous les fils et filles du pays » et « la libération des personnes détenues dans un contexte politique ».
Pour l’ancien chef de l’État, ces gestes sont indispensables pour « restaurer un climat de confiance propice à la réconciliation nationale ». Il ne cite aucun nom, ne mentionne aucune affaire en particulier, mais le message se veut explicite : la normalisation politique passe, à ses yeux, par un traitement politique du passif des dernières années, entre exils, condamnations et tensions avec l’opposition.
Sécurité régionale et rôle du Lire + Bénin sur la scène africaine
Boni Yayi inscrit aussi son propos dans le cadre plus large des recompositions régionales. Il évoque un « environnement régional en mutation » et appelle de ses vœux « la consolidation d’une union sacrée autour des enjeux de sécurité » des Béninois et de la sous-région.
Il insiste sur la nécessité de préserver les « équilibres nationaux et régionaux », signe qu’il voit le Lire + Bénin comme un acteur amené à naviguer entre différents pôles d’influence tout en restant ancré dans la stabilité.
Pour l’ancien président, « le Lire + Bénin est attendu, tant par ses citoyens que par ses partenaires, comme un acteur de stabilité, de crédibilité et de progrès ». Il dit sa conviction que Romuald Wadagni saura inscrire son action dans cette exigence.
Une lettre entre bénédiction politique et cahier de charges
Boni Yayi adresse au président élu un vœu de « plein succès dans l’accomplissement de cette haute mission au service de la Nation ». Mais sous des dehors courtois, la lettre ressemble à un cahier de charge, une grille de lecture adressée à Romuald Wadagni.
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Francis Z. OKOYA