En présentant ce samedi 21 mars 2026, son projet de société pour la période 2026-2033, Romuald Wadagni, candidat de la majorité au pouvoir, a placé la refonte de l’intervention publique au premier rang de ses priorités. S’appuyant sur les acquis de la dernière décennie, il propose de passer d’un modèle centré sur des politiques pilotées à partir du seul niveau national à une approche territoriale fine, structurée autour de six pôles de développement, chacun conçu comme un véritable moteur économique et social au service des populations locales.
Dix années qui ont changé la donne
Le candidat rappelle d’abord que le Lire + Bénin n’aborde pas ce virage en terrain vierge. Au cours des dix dernières années, le pays a profondément changé de visage : le revenu par habitant a augmenté d’environ 50%, passant de moins de 600 000 FCFA en 2015 à plus de 900 000 FCFA en 2025, tandis que le budget national a été triplé, permettant des investissements massifs dans les infrastructures, l’éducation, la santé, l’accès à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement.
Dans le même temps, l’État a engagé des réformes ambitieuses pour diversifier l’économie et améliorer le cadre de vie : 1 000 milliards de FCFA investis dans l’agriculture, 3 000 km de routes bitumées supplémentaires, plus de 2 350 km de fibre optique déployés, et 2 500 milliards consacrés à l’amélioration du cadre de vie. Ces progrès, selon Wadagni, constituent désormais un socle solide pour changer d’échelle et territorialiser davantage le développement.
D’une croissance nationale forte à un développement enraciné dans les territoires
Le cœur de la nouvelle stratégie repose sur la création progressive de six pôles de développement territorial : Atacora–Donga, Borgou–Alibori, Zou–Collines, Mono–Couffo, Ouémé–Plateau et Atlantique–Littoral avec pour comme ambition de transformer les potentiels propres de chaque région en revenus durables, en emplois de proximité et en conditions de vie décentes.
Pour le candidat Wadagni, il s’agit de compléter la phase 2016–2026, marquée par le renforcement des fondamentaux macroéconomiques, par une nouvelle étape où les atouts locaux deviennent le moteur principal de la prospérité partagée. Dès à présent, la priorité sera donnée à l’exploitation des avantages comparatifs de chaque territoire, afin de créer des Lire + opportunités économiques tangibles pour les populations qui y vivent, sans qu’elles soient obligées de migrer vers les grandes villes.
Quatre composantes stratégiques et un socle commun
Chaque pôle de développement sera structuré autour de quatre composantes stratégiques, appuyées par un socle commun. Trois sont transversales d’un pôle à l’autre, et une est propre aux spécificités du territoire :
- Une industrie structurante par pôle, choisie en fonction des potentialités locales (agro-industrie, transformation minière, industrie textile, etc.), afin de garantir un ancrage industriel solide et créateur d’emplois qualifiés.
- Une innovation ciblée pour faire de chaque territoire un moteur d’expérimentation : campus d’innovation, laboratoires, hubs technologiques ou centres de recherche appliquée, selon les besoins et le niveau de maturité du pôle.
- Un tourisme valorisé, avec l’engagement de mettre en valeur au moins une « ville de splendeurs » et un « village de splendeurs » par pôle, afin de capitaliser sur le patrimoine historique, culturel ou naturel et de générer de nouvelles activités.
- Enfin, une composante spécifique propre aux atouts du territoire – agriculture à haute valeur ajoutée, économie bleue, logistique, artisanat, etc. – constitue la signature économique de chaque pôle.
À ces composantes s’ajoute un socle commun visant à faciliter et accélérer l’atteinte des objectifs : infrastructures physiques (routes, énergie, stockage), infrastructures digitales (fibre, data centers), capital humain formé et adapté aux besoins des entreprises, promotion du tissu d’entreprises locales (PME, artisans) et mesures incitatives, y compris fiscales, destinées à attirer et sécuriser l’investissement privé.
L’exemple du pôle Atlantique–Littoral : une vitrine de l’ambition
Le programme de Romuald Wadagni prend appui sur un exemple concret pour illustrer cette démarche : le pôle de développement territorial Atlantique–Littoral. Dans cette zone, la vision est de bâtir une économie prospère tirée par un secteur privé créateur d’emplois, adossée à un État qui garantit les infrastructures de base, un environnement propice et une solidarité envers les populations vulnérables.
La zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), déjà en plein essor, incarne la composante industrielle structurante, avec des unités de transformation agroalimentaire, des ateliers d’excellence et des écoles-usines conçus pour rapprocher formation et production. Le pôle s’appuie aussi sur une économie bleue tournée vers la pêche et l’aquaculture, la logistique portuaire, le transport fluvial, la restauration des côtes et la protection contre l’érosion marine.
Sur le plan touristique, des sites comme la cité lacustre de Ganvié, Ouidah (ville de splendeurs), ou encore Gogotinkpon (village de splendeurs) seront mis en valeur et intégrés à une offre touristique structurée, afin d’accroître les retombées économiques pour les communautés locales. Des infrastructures comme le campus d’innovation de Sèmè City et des laboratoires de recherche complètent l’architecture du pôle, renforçant sa capacité à devenir un centre de créativité, de formation et d’innovation.
Un État stratège, un secteur privé moteur
Dans la vision de Wadagni, l’État ne se retire pas, mais change de posture : il devient facilitateur et garant du socle indispensable au développement, tout en laissant davantage d’espace au secteur privé pour investir, créer de la valeur et innover.
L’intervention publique se concentre sur :
- La mise en place et la maintenance d’infrastructures de qualité dans chaque pôle.
- La formation d’un capital humain local répondant aux besoins des entreprises, à travers des hubs de formation de pointe et des dispositifs d’insertion, afin que les jeunes puissent trouver un emploi sans quitter leur territoire.
- La promotion des PME locales en complément des investisseurs internationaux, pour que les retombées économiques ne se limitent pas aux grands groupes mais irriguent le tissu entrepreneurial béninois.
- Des mesures incitatives et fiscales ciblées pour stimuler les investissements privés en fonction du profil et du niveau de maturité de chaque pôle.
Cette approche doit permettre de créer un terreau favorable à l’industrialisation, au développement touristique et à l’innovation, tout en assurant une meilleure répartition géographique des Lire + opportunités économiques.
Des bénéfices concrets : emplois, revenus et lutte contre l’extrême pauvreté
Au-delà des concepts, le programme insiste sur les résultats attendus dans la vie quotidienne des Béninois. La nouvelle dynamique d’intervention publique vise à :
- Créer des emplois locaux grâce à l’implantation d’unités industrielles accessibles aux producteurs locaux, ce qui permettra de transformer sur place ce que les terres béninoises produisent.
- Développer des hubs de formation dans chaque pôle, afin que la jeunesse accède à un enseignement technique et professionnel de qualité, sans être contrainte à l’exode.
- Mettre en place des centres d’inclusion économique, numérique et sociale, pour rapprocher des citoyens les services financiers, la protection sociale et les outils numériques.
- Structurer et valoriser les savoir-faire artisanaux grâce à des ateliers d’excellence, connectés aux marchés nationaux et internationaux.
L’objectif affiché est de franchir un nouveau cap d’ici 2033 en créant, à travers ces pôles, de nouvelles Lire + opportunités pour chaque Béninois, où qu’il se trouve. La stratégie est également présentée comme un levier majeur pour éradiquer l’extrême pauvreté, en assurant une hausse durable des revenus des ménages, un accès élargi aux services de base et une meilleure résilience face aux chocs économiques et climatiques.
Une gouvernance dédiée pour garantir les résultats
Pour que cette dynamique territoriale ne reste pas un simple slogan, le projet de société prévoit un dispositif spécifique de gouvernance.
- Sur le plan territorial, une Agence régionale de développement sera implantée dans chaque pôle, avec la mission de coordonner les interventions, d’en garantir la bonne exécution et de suivre l’atteinte des résultats opérationnels.
- Au niveau national, une entité de pilotage rattachée à la Présidence assurera l’alignement des stratégies des pôles avec les priorités nationales, la cohérence des politiques publiques et la diffusion des bonnes pratiques entre territoires.
Cette double architecture doit permettre d’éviter les dispersions, de suivre les performances de chaque pôle et de corriger rapidement les trajectoires si nécessaire.
En clôturant ce volet de son programme, Romuald Wadagni résume sa philosophie : après avoir consolidé les fondations macroéconomiques, le Lire + Bénin doit désormais faire en sorte que les fruits de la croissance se ressentent dans chaque commune, chaque village, chaque foyer. Les pôles de développement territorial sont, selon lui, l’outil clé pour ne laisser personne de côté et pour faire du Lire + Bénin un pays où l’emploi, les services et les Lire + opportunités ne sont plus l’apanage de quelques grandes villes, mais une réalité partagée sur l’ensemble du territoire.
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Francis Z. OKOYA