Mali : Assimi Goïta reconduit sans élection pour cinq ans renouvelables

VISAGES DU BÉNIN
By VISAGES DU BÉNIN 4 Min Read

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Le Conseil national de la Transition (CNT) du Mali a adopté à l’unanimité, le jeudi 3 juillet 2025, un projet de révision de la Charte de la Transition. Cette nouvelle mouture constitue un tournant décisif dans la trajectoire politique du pays, en prolongeant la transition de cinq années supplémentaires, renouvelables, sans fixer de date pour des élections démocratiques. Une disposition qui confirme de facto la reconduction du colonel Assimi Goïta à la tête de l’État, en l’absence de tout processus électoral.

Et ce le début d’une transition à durée indéterminée ? Au regard des faits, une réponse par l’affirmative ne serait pas erronée. Et pour cause, la nouvelle charte conditionne désormais la tenue d’élections à la pacification complète du territoire national. Or, au regard de l’instabilité persistante dans plusieurs régions, notamment au centre et au nord du pays, cette exigence pourrait repousser sine die le retour à un régime civil. En l’état, aucune échéance électorale n’est envisagée à court terme. Ce verrouillage politique officialise la continuité du pouvoir militaire sous la direction d’Assimi Goïta, arrivé à la tête de l’État après deux coups d’État en août 2020 et mai 2021.

La formulation “cinq ans renouvelables” ouvre par ailleurs la voie à une potentielle présidence à long terme pour Goïta, dans un contexte où les institutions démocratiques sont marginalisées, et où la classe politique est écartée des grandes décisions nationales.

Réajustements stratégiques et rupture assumée

La nouvelle charte supprime plusieurs références jugées dépassées, notamment à l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger et au Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance, entérinant ainsi une rupture avec les engagements régionaux passés. Cette révision constitutionnelle entérine également l’alignement stratégique du Mali avec ses deux partenaires de la Confédération des États du Sahel (AES) – le Burkina Faso et le Niger – qui ont eux aussi abandonné les cadres juridiques de la CEDEAO.

Cette orientation politique renforce la souveraineté revendiquée par Bamako face aux pressions extérieures, mais elle creuse davantage le fossé avec les anciens partenaires traditionnels du Mali, notamment la France et l’Union européenne.

Une reconduction controversée, mais assumée

À l’intérieur du pays, les réactions sont contrastées. Si certains soutiens du régime saluent un “choix de stabilité” dans un contexte de guerre contre les groupes terroristes, plusieurs voix de la société civile dénoncent un “glissement autoritaire”. Le Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD), coalition d’acteurs politiques et associatifs, a déjà exprimé son inquiétude face à ce qu’il qualifie de “captation du pouvoir par la force et le silence des urnes”.

De leur côté, les partenaires de l’AES continuent de défendre une approche “sécuritaire avant démocratique”, estimant que les conditions actuelles ne garantissent pas un scrutin libre et inclusif. La diplomatie régionale, quant à elle, reste divisée. Si la CEDEAO condamne implicitement cette orientation, l’Union africaine semble observer une prudente réserve.

Vers un pouvoir consolidé dans le temps

Avec cette révision constitutionnelle, le colonel Assimi Goïta entre dans une nouvelle ère : celle d’un pouvoir officiellement installé pour une durée potentiellement indéfinie. Alors que la lutte contre l’insécurité reste le principal argument du régime, la question démocratique semble reléguée à l’arrière-plan.

La transition, prévue à l’origine pour être temporaire, s’impose désormais comme une gouvernance à part entière, structurée autour d’un pouvoir fort, militaire, et en rupture avec les standards de la gouvernance démocratique internationale.

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La Rédaction

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