La commune d’Ifangni, dans le département du Plateau, a tournée ce samedi 20 juin 2026, le temps d’une journée entière, ses regards vers l’un de ses fils les plus illustres : Louis Gbèhounou Vlavonou. Député sans discontinuer depuis la 3ᵉ législature et ancien président de l’Assemblée nationale 8ᵉ et 9ᵉ législatures, l’homme d’État a reçu, de son vivant, un hommage rare, profond, presque liturgique. Messe d’action de grâce, paroles fortes, témoignages de reconnaissance, repas de fraternité : Ifangni a voulu dire « merci » à celui dont le nom se confond désormais avec l’histoire politique récente du Lire + Bénin, mais aussi avec la mémoire vivante de sa communauté.
Ifangni, rassemblée autour d’un fils
Dès la matinée, la station Saint-Emmanuel de Ko-Koumolou a donné le ton. Sous la conduite du père Robert Tozé et de trois autres prêtres, la célébration eucharistique a transformé l’hommage en véritable moment de recueillement. Dans l’assistance, on lisait la diversité d’Ifangni et au‑delà : autorités politico‑administratives, ministres, députés, maires, conseillers communaux, sages, notables, responsables religieux, populations venues des six arrondissements et délégations des communes voisines du Plateau.
Tout a commencé par la foi, comme un clin d’œil à la trajectoire de l’homme célébré. Louis Gbèhounou Vlavonou, colonel des douanes à la retraite, plusieurs fois député, ancien président de l’Assemblée nationale, Docteur Honoris Causa de l’Université protestante de l’Afrique de l’Ouest, n’est pas présenté seulement comme un personnage institutionnel. Il est d’abord montré comme un chrétien resté fidèle à son Église et à sa paroisse, malgré le poids des responsabilités.
« Célébrons nos modèles avant les oraisons funèbres »
Dans son homélie, le père Robert Tozé a trouvé une formule qui a marqué l’assistance: « Il est un signe. » Un signe de quoi ? De ce que peut devenir un fils de commune quand il met sa vie au service de sa communauté et de la République, sans rompre le lien avec ses racines. Le prêtre a retracé le parcours de Louis Vlavonou, insistant sur trois exigences : vigilance, courage et compassion.
« Célébrons le modèle avant l’oraison funèbre », a insisté le célébrant, saluant l’initiative d’Ifangni qui choisit d’honorer l’un des siens de son vivant. Le courage ensuite : « Comme Jean-Baptiste, aimons la vérité plus que le confort. Dans nos familles, nos bureaux, nos services, ayons le courage de dire ce qui est juste. » Enfin, la compassion : cette capacité à se tenir aux côtés des plus faibles, à se faire proche des souffrances ordinaires.
À travers ces trois exigences, c’est un portrait moral qui se dessine : celui d’un responsable politique resté « digne dans sa foi chrétienne », proche des hommes, attaché à la morale, fidèle à Dieu malgré les contraintes du pouvoir. Le père Tozé invite les filles et fils d’Ifangni à « aller à l’école du président Vlavonou », c’est‑à‑dire à apprendre de son exemple, non pour le copier, mais pour s’inspirer de sa fidélité et de sa cohérence.
« Un parcours, une vision, un engagement » : la voix du maire
Au domicile du président honoraire, la parole politique a pris le relais de la parole spirituelle. Au nom de la commune, le maire Anselme Dossou Aguémon a livré un discours dense, qui ressemblait à la fois à un bilan et à une profession de foi. Il a rappelé d’emblée que certains parcours « dépassent le cadre d’une simple carrière pour s’inscrire durablement dans la mémoire collective ».
En quelques traits, il a condensé la trajectoire de l’homme : colonel des douanes, député plusieurs fois réélu, président de l’Assemblée nationale pendant deux législatures, première personnalité politique béninoise élevée au grade de Docteur Honoris Causa par une institution universitaire africaine. Mais, au‑delà du palmarès, le maire a insisté sur « la référence de sagesse, de constance, de responsabilité et d’engagement au service de la République » que représente Louis Vlavonou.
L’édile d’Ifangni a surtout mis l’accent sur la proximité du responsable avec ses populations : les jeunes accompagnés dans leurs rêves, les femmes soutenues dans leurs initiatives, les familles qui ont trouvé auprès de lui une oreille attentive dans les moments difficiles. Citant Nelson Mandela, il a rappelé que « la valeur d’une vie se mesure à la différence qu’elle a faite dans celle des autres » et a estimé que cette phrase s’appliquait pleinement à l’honorable président.
Dans un geste élégant, l’hommage a aussi enveloppé le couple. Le maire a tenu à associer l’épouse de Louis Vlavonou à cette reconnaissance, la décrivant comme une « conseillère discrète, une mère dévouée et une femme de cœur ». Une référence à Victor Hugo et à la fidélité aux idéaux est venue boucler ce moment, comme pour dire que derrière chaque grande trajectoire publique, il y a souvent une présence silencieuse et déterminante.
Des témoignages émouvants !
A l’occasion, au nom de la “Génération 60-65”, le Sage Ganiou Olafa a dans son témoignage déclaré :
« Louis, on le reconnaissait de loin. Une forte carrure qui imposait le respect. À la récré, quand ça chauffait, la prudence commandait de ne pas chercher des ennuis avec lui. C’était le Francis N’GANNOU de notre temps. Il se faisait un plaisir de plaquer à terre ses adversaires, sauf moi et je vous prie de croire. On le craignait un peu, je l’avoue. Mais nous, ses camarades de classe, on a compris autre chose. Louis ne se servait jamais de sa force contre les faibles. Il s’en servait pour les protéger. Le plus petit, celui qu’on brimait, celui qui pleurait, Louis était déjà là. Sa force était au service des autres. Sa force servait la justice, déjà. Le temps a passé. On a pris des chemins différents. Lui a choisi celui du service public, des responsabilités, des hautes fonctions. Il a porté haut le nom de notre village. Pas pour la gloire, mais par conviction. Et s’il a gravi les échelons jusqu’à frôler le sommet, il n’a jamais, au grand jamais oublié d’où il venait. C’est ce qu’on retient, nous ses camarades de classe. Et vous savez quoi ? Le gamin de la cour d’école est resté le même homme. La même carrure, la même droiture, la même volonté de protéger. Sauf qu’aujourd’hui, ce n’est plus pour défendre un camarade dans la cour d’école, c’est pour défendre tout un peuple. Aujourd’hui, on ne vient pas saluer le Président Émérite de l’Assemblée Nationale, l’honorable Député, le Haut fonctionnaire. On vient saluer notre camarade…»
A la suite du Sage d’Ifangni, Djamilatou Mohamed Sabi, présidente du Caucus des femmes parlementaires du Lire + Bénin ajoutera :
« Lorsque l’on me demande de parler du Président Louis Gbehounou VLAVONOU, la première image qui me vient à l’esprit est celle d’un homme serein, solide comme le baobab qui tient face au vent. J’ai eu l’honneur de travailler sous sa présidence, et ce qui m’a toujours marquée, c’est sa capacité à rester calme en toutes circonstances. Dans la vie politique, les tensions, les critiques et les incompréhensions ne manquent pas. Pourtant, je l’ai rarement vu perdre son sang-froid. Il écoutait, observait, analysait, et répondait toujours avec mesure. Il savait désamorcer les situations conflictuelles avec assurance, sagesse et discernement. C’est aussi un homme au sens profond de l’humain. Pour beaucoup d’entre nous, il a été bien plus qu’un président d’institution : une attitude bienveillante et protectrice. Nous sommes beaucoup à l’appeler Papa. Il accueillait chacun avec le sourire, sans distinction ni préjugé, avec une grande considération… »
La gratitude d’un homme pour sa terre et ses mentors
Face à cet océan de reconnaissance, Louis Gbèhounou Vlavonou a choisi l’humilité. Il a parlé d’« agréable surprise », disant sa profonde émotion de voir sa commune se rassembler ainsi pour lui. Ses premiers mots ont été pour remercier : les populations d’Ifangni, les autorités présentes, les délégations venues de tout le Plateau, les quatre prêtres qui ont présidé la messe, les acteurs politiques, religieux et communautaires.
Puis, l’ancien président de l’Assemblée nationale a ouvert une parenthèse intime sur son parcours. Il a raconté ses vingt années ininterrompues à l’Assemblée nationale non pas comme une carrière, mais comme « un pèlerinage politique ». Derrière l’expression, il faut entendre un cheminement, avec ses étapes, ses épreuves, ses grâces et ses rencontres. Il a dit sa gratitude pour l’hémicycle, « temple de la démocratie » où il a appris, débattu, négocié et construit.
Ce pèlerinage, il ne l’a pas porté seul. Il a d’abord salué son aîné Antoine Kolawolé Idji, dont la présence et l’influence ont compté dans sa trajectoire. Puis il a rappelé le rôle décisif du patriarche Séfou Fagbohoun, qui l’a porté sur la liste des élections législatives en 2003 et lui a ainsi ouvert les portes de la représentation nationale. Depuis cette date, il a été réélu sept fois sans interruption, ce qu’il attribue d’abord à la confiance initiale accordée par cet aîné et à la fidélité des électeurs.
À travers ces remerciements, Louis Vlavonou a voulu montrer que sa réussite n’est ni un miracle isolé, ni un exploit solitaire, mais le fruit d’une chaîne de solidarités, de parrainages, de confiances partagées. Il a invité l’assistance à transmettre à ses mentors, présents ou éloignés, sa gratitude et ses prières.
Un hommage à Patrice Talon, au nom de la confiance reçue
Parmi les remerciements, un passage a particulièrement retenu l’attention : celui qu’il a consacré à l’ancien chef de l’État, Patrice Talon. Après avoir cité ses aînés politiques, Louis Vlavonou a souhaité que « l’explosion de [sa] gratitude parvienne » à l’ancien Président de la République. Il a expliqué, sans détour, pourquoi : « Il m’a offert l’opportunité d’exercer au sommet de l’État en qualité de deuxième personnalité. »
En reconnaissant publiquement cette « dette morale », l’ancien président de l’Assemblée nationale rappelle que les trajectoires institutionnelles sont aussi faites d’Lire + opportunités offertes, de confiances accordées, de décisions politiques qui installent un homme à un poste donné. Pendant sept ans, il a présidé l’Assemblée nationale dans un contexte de réformes profondes. Devant sa communauté, il a tenu à inscrire cette période dans une « chaîne de redevabilité » qu’il ne veut pas occulter.
Ce passage dit aussi quelque chose de la culture politique béninoise : l’importance de remercier, de reconnaître les portes ouvertes, même quand le temps a passé et que les positions ont changé. À Ifangni, ce 20 juin, ce n’est pas un hommage partisan qui a été rendu, mais un hommage à la mémoire des liens qui construisent une carrière.
La commémoration de ce samedi à Ifangni, était le signe qu’un lien s’est consolidé : entre un homme et sa terre, entre un parcours individuel et une mémoire collective. Et si cette journée « mémorable » doit laisser une trace, c’est peut‑être celle‑ci : au Lire + Bénin, il est possible de célébrer les serviteurs de la République sans démesure, mais sans pudeur non plus, avec des mots simples, des gestes fraternels et une profonde humanité.
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Francis Z. OKOYA