Réunis ce vendredi 27 juin 2025 au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo, les députés béninois, sous la présidence de Louis Gbèhounou Vlavonou, ont tenu le traditionnel Débat d’orientation budgétaire (DOB), conformément à l’article 59 de la loi organique N° 2013-14 relative aux lois de finances. À cette occasion, le Ministre d’État en charge de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, a livré un panorama détaillé de la situation économique et des projections des finances publiques.
Un bilan économique en nette progression
Dans le rapport présenté par la Commission des finances et des échanges, dirigée par Gérard Gbénonchi, un éclairage a été apporté sur l’évolution de l’économie nationale entre 2022 et 2024. Les recettes publiques ont connu une dynamique positive, atteignant 1.895,6 milliards de francs CFA en 2024, soit 14,6 % du produit intérieur brut (PIB). Ce chiffre marque une hausse de 26,5 % par rapport à 2021 et une progression spectaculaire de 154,2 % sur neuf ans.
Quant aux dépenses publiques, elles ont progressé au même rythme, stimulées par des investissements importants ainsi que des mesures d’accompagnement en faveur des entreprises et des ménages. Elles se chiffrent à 2.344,8 milliards de FCFA en 2024, contre 1.086,3 milliards en 2016, ce qui correspond à une augmentation de 115,9 %. La part des dépenses d’investissement a bondi, passant de 28,1 % à 40,7 %, tandis que celle des dépenses ordinaires s’est réduite de 71,9 % à 59,3 %, traduisant la volonté du gouvernement d’aligner la structure budgétaire sur les priorités de développement. En proportion du PIB, les dépenses publiques sont toutefois en légère baisse ces dernières années, s’établissant à 18 % en 2024 contre 19,8 % en 2022, conformément à la politique de consolidation budgétaire.
La loi de finances 2025 anticipe une réduction du déficit
Pour l’exercice 2025, le projet de loi de finances prévoit un déficit budgétaire de 441,1 milliards de FCFA, soit 2,9 % du PIB, en recul par rapport aux 3 % attendus en 2024. Ce repli découle d’une augmentation des recettes (+11,8 %) supérieure à celle des dépenses (+10,8 %). L’ensemble du budget 2025 s’équilibre ainsi en ressources et en charges à hauteur de 3.551 milliards de FCFA, avec pour objectif de maintenir le déficit sous la barre des 3 % du PIB, seuil jugé soutenable.
Des perspectives ambitieuses pour 2026-2028
Romuald Wadagni a également exposé les grandes lignes de la trajectoire économique sur le moyen terme. Le gouvernement entend consolider les acquis du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) 2021-2026 et continuer d’asseoir les bases de la transformation structurelle de l’économie afin de préserver une forte croissance.
L’année 2026 sera notamment marquée par l’extension du programme de soutien nutritionnel, qui offrira des suppléments alimentaires aux femmes enceintes et aux enfants de 6 à 23 mois dans les 77 communes, et étendra les interventions aux enfants âgés de 2 à 4 ans. D’autres volets prioritaires, tels que l’amélioration de la qualité de l’éducation, la poursuite de la mise en œuvre de Sèmè City ou encore la modernisation des infrastructures sanitaires, resteront au cœur de l’action publique.
Sur le plan financier, l’État compte maintenir un cadre budgétaire sain, en poursuivant les discussions avec le Fonds monétaire international en vue de renouveler le programme économique et financier. La rigueur restera de mise dans la maîtrise des dépenses de fonctionnement, avec un accent particulier sur l’efficacité de l’investissement public.
Les prévisions tablent sur une progression des ressources budgétaires de 12,8 % en 2026 et d’environ 12,3 % en moyenne annuelle jusqu’en 2028. Les charges devraient croître à un rythme plus contenu (+11,2 % en 2026 et +11,3 % en moyenne sur la période), permettant une réduction progressive du déficit budgétaire, qui passerait de 2,7 % du PIB en 2026 à 2,6 % en 2028.
Les préoccupations des députés et leurs recommandations
Le débat a donné lieu à un large éventail d’interventions des parlementaires, qui ont exprimé des préoccupations touchant à de nombreux domaines :
- La centralisation des lignes budgétaires consacrées à la maîtrise de l’eau, afin d’en faire un projet cohérent.
- La faible consommation des crédits par les communes et les solutions envisagées.
- Le non-reversement des impôts locaux aux collectivités territoriales.
- Le renforcement de la sécurité et la création d’un département spécifique sur les relations économiques avec le Nigeria.
- La promotion de l’employabilité des jeunes et la structuration du secteur agricole, notamment en favorisant l’interconnexion des petits exploitants pour alimenter les cantines scolaires.
- La mise en place d’une base de données des artisans titulaires de certificats de qualification.
- La protection des entreprises nationales face à la concurrence des multinationales.
- La création de nouvelles zones économiques spéciales selon les potentialités géographiques.
- La nécessité de mieux intégrer le dividende démographique dans les projections macroéconomiques.
- La réduction du coût des financements accordés aux petites et moyennes entreprises.
- La poursuite des travaux routiers stratégiques, comme les axes Parakou-Kika-Babou et Parakou-Pèrèrè-Nikki.
- L’amélioration et l’extension du programme de cantines scolaires.
En somme, les députés ont formulé une série de recommandations phares. Ils ont notamment invité le gouvernement à centraliser et structurer les projets liés à l’eau, renforcer le soutien aux exploitants agricoles et aux cantines, créer de nouvelles zones économiques spéciales, veiller à la défense des entreprises locales, intensifier le suivi-évaluation des projets publics et faciliter l’accès au financement des PME.
Ces échanges illustrent la volonté commune de renforcer la solidité des finances publiques et d’ancrer la croissance dans une dynamique plus inclusive au bénéfice de tous les citoyens.
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Francis Z. OKOYA