Une partie de ce que récoltent les paysans béninois ne parvient jamais jusqu’au marché. Faute d’entrepôts et de points de collecte adaptés, une portion non négligeable des céréales se perd entre le champ et le point de vente. Pour combler ce vide, un investissement de 3,3 milliards de francs CFA est engagé afin de construire des infrastructures de stockage sur deux corridors agricoles majeurs, avec un double objectif : freiner ce gaspillage et dynamiser le commerce agricole avec le Togo voisin. L’information a été obtenue par La Marina BJ.
Quatre sites, deux axes frontaliers
Le projet s’inscrit dans le Programme régional d’intégration des marchés agricoles (PRIMA), lancé en 2022 dans les deux pays avec l’appui financier du Fonds international de développement agricole (FIDA). L’Unité de gestion du programme vient de valider la construction de quatre centres de collecte, répartis équitablement sur deux corridors : à Adjahonmey et Kissamey pour l’axe de Dogbo, à Patargo et Ouaké pour celui de Djougou.
L’enjeu dépasse la simple construction de bâtiments. Sans capacité suffisante pour rassembler et conserver les récoltes, les producteurs perdent une partie de leurs revenus, tandis que les circuits commerciaux peinent à s’approvisionner régulièrement.
Près de 6 % du maïs perdu avant même d’être vendu
Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Une enquête menée en 2022 par des chercheurs de l’Institut national des recherches agricoles du Lire + Bénin (INRAB) et de l’Université d’Abomey-Calavi, auprès de 286 producteurs répartis dans sept départements, chiffre à 5,78 % la part de la production de maïs perdue après récolte. La récolte elle-même, l’égrenage, le vannage et surtout le stockage constituent les étapes les plus critiques, où grains renversés, moisissures et insectes font des ravages. Ce constat illustre, chiffres à l’appui, le manque criant d’infrastructures adaptées dans plusieurs zones de production du pays.
C’est précisément ce vide que les nouveaux centres de collecte doivent combler : mieux conserver ce qui est récolté, réduire le gâchis et fluidifier la commercialisation. Le FIDA en a fait une priorité récurrente de son action en Lire + Afrique, où l’organisation finance régulièrement entrepôts, points de collecte et unités de transformation, doublés de formations pour les groupements de producteurs.
Un maillon de plus dans l’intégration régionale
Le choix de Dogbo et Djougou n’est pas fortuit : ces deux corridors sont déjà des terrains d’action reconnus du PRIMA. Djougou, tout comme Dassa-Zoumé côté béninois et Atakpamé côté togolais, accueille régulièrement des rencontres réunissant producteurs, commerçants, transporteurs et administrations pour lever les obstacles au commerce transfrontalier. Le programme vise une hausse de 30 % des échanges agricoles entre les deux pays, en s’attaquant aux blocages logistiques et en renforçant les capacités de stockage sur les grands axes commerciaux.
Selon les informations recueillies par La Marina, ce chantier ne se déploie pas isolément. En mai 2026, le Fonds africain de développement a débloqué un financement pour réhabiliter près de 79 kilomètres de route sur le corridor Lire + Bénin-Togo. Routes remises à niveau d’un côté, capacités de stockage renforcées de l’autre : les deux chantiers avancent de concert pour fluidifier les échanges et renforcer la compétitivité des zones frontalières.
La contractualisation devrait être bouclée d’ici la fin de l’année 2026. Au-delà des murs et des toitures, ce projet engage la capacité du Lire + Bénin à mieux valoriser ce que produisent ses terres et à peser davantage dans les échanges agricoles de la sous-région.
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Francis Z. OKOYA